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Mémoire d'Indigo

(Teinturier Zabid, Yemen 1983, photo par Jenny Balfour-Paul)
À la tombée d’une nuit méditerranéenne, le ciel se charge d’un indigo vibrant qui se diffuse dans tout l’univers. La mer reçoit la couleur, et la confie à un mollusque (Murex) qui l’intègre dans sa lymphe. La terre la reçoit aussi et la confie à une plante (Indigotier) qui l’intègre dans sa sève. La plante et le mollusque ont dévoilé leur secret à l’Homme, il y a environ 5000 ans.
L’indigo est l’une des premières couleurs utilisées dans la teinture, et la plus résistante au changement et à la dégradation inévitables que subissent la plupart des couleurs. Il est recherché, apprécié et répandu dans le monde entier.
L’indigo chimique a fait son apparition au milieu du 19ème siècle, et a remplacé massivement l’indigo naturel. Moins cher et beaucoup plus facile à utiliser, il s’est propagé dans le monde entier, avec beaucoup d’autres couleurs qui firent successivement leur apparition.
Néanmoins, l’indigo naturel résiste et continue à fasciner. Son utilisation se renouvelle avec de nouveaux artisans et artistes qui reconnaissent dans cette couleur un morceau détaché de leur univers.
Nasser Soumi fait partie de ces artistes fascinés par l’indigo. Cette matière naturelle, enfouie dans son inconscient depuis longtemps, l’emmène vers de nouveaux univers et des horizons lointains. Grâce à l’indigo, bleu profond originel entre ciel et mer, il a renoué avec le dialogue des mystères. Son œuvre dévoile également sa passion pour l’histoire et l’archéologie ainsi que pour les messages qui témoignent de notre temps : écritures, signes, symboles, objets, diverses matières… Il est toujours en quête de moyens pour prolonger leur empreinte et transmettre l’héritage, mais sa recherche s’intensifie lorsqu’il travaille sur la manière de relater ce qui se joue entre l’être et son environnement. Chaque événement qu’il crée en est le témoin : les citoyens expatriés de Jaffa ont participé à son œuvre « Icône pour Jaffa », les habitants de Beyrouth ont cru à son histoire de vouloir déplacer le symbole de la ville, le Rocher de Raouché, pour faire passer un message, le public du 44ème Festival d’Avignon a été son complice dans la mise en place d’une pyramide monumentale installée sur la Place du Palais des Papes où des performances ont eu lieu tous les soirs… Dans son grand projet « Les Traces du 20ème siècle » (le Ballon de Football et l’Arc des Enfants Malades), les témoignages et les traces du siècle dernier sont bien rassemblés pour devenir les témoins de notre mémoire collective.
Le Projet :
Il s’agit d’un événement qui se poursuivra sur plusieurs jours, du 6 au 12 Novembre 2006, à Hyderabad (Inde) et impliquera une équipe d’artistes et d’artisans. Un disque en bois incliné de 20 mètres de diamètre, accentué par un escalier qui montera à une hauteur totale de 9 mètres servira de scène à l’oeuvre et aux performances.
Les participants au projet sont les suivants :
1- Des maîtres teinturiers venus de pays où l’indigo naturel reste en usage comme l’Inde, le Mexique, le Japon et le Nigeria, ainsi que deux imprimeurs de tissus et un tisserand travailleront à proximité de la structure de bois. Ils échangeront leur expérience et leur savoir-faire.
2- Des musiciens et des danseurs observeront le travail des artisans pour improviser et composer ensuite des danses accompagnées de musique et de chants inspirés par leurs gestes.
3- Nasser Soumi qui mettra en harmonie le travail de tous les intervenants, en orchestrant l’ensemble de l’événement avec la collaboration de la chorégraphe Luigia Riva.
Le lieu sera ouvert au public qui pourra observer l’évolution du travail pendant la durée de l’événement. A chaque jour sa performance ; chacune incorporera l’essentiel de l’inspiration de la journée. Les spectateurs seront invités à y participer, guidés et encadrés par les artistes. Le processus de répétition et d’entraînement quotidien sera mis en valeur en tant qu’élément essentiel de l’événement.
Le Lieu :
La réalisation du projet se fera dans le cadre de l’Atelier -Symposium international sur les teintures naturelles qui se tiendra à Hyderabad, du 6 au 12 Novembre 2006 organisé par l’UNESCO et le Conseil de l’Artisanat en Inde.
A l’avenir, il sera ouvert à tous ceux qui aimeraient participer à la célébration de l’indigo, couleur céleste qui a été pendant des siècles un élément d’échange paisible entre les peuples.
Publication et film :
Un livre réunira différents textes sur l’histoire de l’indigo et sur l’ensemble de l’événement, accompagnés de photos.
Un film documentaire de 52 minutes accompagnera la manifestation et retracera l’histoire de l’indigo.
(Maquette 2006)




